Limaces et couverts végétaux font bon ménage!

/dans Articles Techniques /

L’implantation de couverts végétaux représente un vrai questionnement dans la gestion du risque limaces. A ce sujet, une étude  est en cours afin de collecter les retours d’expériences des agriculteurs.

Implantez vous des couverts végétaux sur vos exploitations?

Parce que rien n’est jamais écrit d’avance et qu’il faut rester vigilant, Frédéric Thomas et TCS lancent cette nouvelle enquête avec l’aide de DE SANGOSSE.

Elle fait suite à une première enquête réalisée en 2016.

A travers vos observations et vos pratiques, l’idée est d’encore mieux cerner les habitudes, les préférences et les réactions des limaces mais aussi les parades que vous avez mises en place afin de vous sécuriser et contourner ce risque.

C’est grâce à votre participation et à vos retours d’expérience que la connaissance et la lutte efficace avancent.

Participez à l’enquête nationale sur la Gestion du Risque Limaces

Pour commencer, il faut dire que la limace est vorace.
Elle n’est en outre pas nécessairement difficile dans son régime alimentaire.
Ce qui, nous fait nous interroger sur la cohabitation des couverts végétaux et des limaces.

Sont-ils des facteurs de risques supplémentaires et comment les gérer ?

Les couverts végétaux représentent un risque supplémentaire

« À partir du moment où le sol est couvert, il y a un risque supplémentaire d’avoir une population de limace supérieure. Les études montrent aussi que, plus le garde-manger est fourni, plus elles sont fécondes ». Introduit Marion Puysservert, responsable technique anti-limaces chez De Sangosse.

Anticiper cette problématique est incontournable.

Limaces sur blé

La présence des limaces signifie- t-elle nécessairement dégâts supplémentaires ?

Nous pourrions tout à fait émettre l’hypothèse que la présence d’un couvert fasse diversion, ainsi la limace serait moins vorace sur les cultures d’intérêt. Mais la limace reste un ravageur complexe.  Il faut dire que la littérature scientifique est assez peu fournie sur ces questions. Toutefois, une étude d’Agroscope, l’institut des sciences en durabilité agronomique, entre 2012 et 2014 amène quelques éléments de réponse.

Tout d’abord, sur le niveau d’appétence de certains types de couverts.

Les tests ont été réalisés avec la limace grise (Deroceras reticulatum) en conditions extérieures contrôlées. 25 espèces de plantes différentes ont été testées à plusieurs stades. Ce qu’il faut retenir dans un premier temps, c’est qu’1/3  des engrais verts testés présentaient une perte de feuille de l’ordre de 75 à 100 % après dix jours. Parmi eux le nyger, la vesce velue, le trèfle de Perse, l’avoine rude, la cameline, le seigle fourrager et le trèfle d’Alexandrie. Des espèces comme la serradelle, la phacélie et la moutarde sarepta présentaient des valeurs d’attaque inférieures à 50 % . Enfin, d’autres, comme l’avoine fourragère, le sarrasin, la moutarde blanche, la féverole commune et le lin cultivé étaient peu voire pas du tout endommagées.

Ensuite, la limace aurait ses préférences en termes de couverts végétaux.

Il semble donc que la limace ait quand même quelques préférences. L’étude met en évidence aussi que l’attrait de certains types de couverts peut être modifié par le stade phénologique. Des tests de fécondité ont par ailleurs été menés. Ainsi le taux de limaces écloses varie en fonction des espèces testées.

Quel est l’impact sur la reproduction ?

Le constat est  sans appel, la présence de couverts végétaux est susceptible d’accentuer le risque de présence des limaces.

On retiendra que colza, féverole commune, tournesol, pois cultivés puis dans une moindre mesure la vesce velue ont un impact positif sur la fécondité.

Colza et féverole ont un impact positif sur la fécondité

On observe en revanche le niveau de fécondité le plus bas avec le sarrasin, l’avoine rude et le lin cultivé. « Dans le cadre d’un projet Casdar, Resolim, nous avions aussi observé une forte sensibilité du colza et du trèfle et qui se traduisait aussi par une prise de poids des limaces », ajoute Marion Puysservert.

 

Globalement, la présence de couverts intermédiaires ou permanents favorise les populations de limace

Il faut cependant noter que la relation de cause à effet nécessite d’être appréhendée à l’échelle de chaque parcelle. «Évaluer la population par piégeage permet d’acquérir ses propres référentiels. On peut ainsi appréhender les conditions dans lesquelles on a des dégâts et établir sa propre stratégie. D’ailleurs, la problématique des couverts commence à être déployée à travers l’observatoire de De Sangosse ».

Il faut donc réfléchir aux modalités de destruction des couverts

En premier lieu, dans le cas de couverts intermédiaires entre deux cultures.

Si leur présence est susceptible de contribuer à une augmentation des populations de limaces, il faut réfléchir à leur destruction. Cette dernière peut être envisagée comme un premier levier de lutte. « Une destruction mécanique permet de limiter le risque, dans la mesure où le travail du sol permet de détruire les habitats des limaces. Ce qui est important également, c’est la date de destruction. Détruire précocement permet de priver la limace de sources de nourriture. Mais qui dit qu’elle ne reviendra pas encore plus affamée au moment des semis ? », explique Marion Puysservert. Il faut vraiment chercher à travailler sur tous les tableaux.

En second lieu, dans le cas de couverts permanents.

Les observateurs notent qu’une plus grande diversité d’espèces cohabite sur la parcelle. « Il est établi que les limaces consomment en permanence. Cependant, elles peuvent être moins gênantes si elles ont une plus grande diversité de ressources alimentaires. Les couverts permanents contribuent à un certain équilibre de l’agrosystème. La plus grande diversité d’espèces présentes implique aussi celle de la faune auxiliaire ». Marion Puysservert fait quelques préconisations. « Dans le cas de couverts permanents, il est recommandé de faire de l’application d’anti-limaces sur le rang au moment du semis. Imaginez- vous à la place de la limace, la présence du couvert, c’est un comme se retrouver dans une jungle. Il faut donc, avec des solutions adaptées en termes de granulométrie, positionner le produit au plus près de la culture. Nous proposons deux solutions pour cet usage spécifique, un produit conventionnel et, depuis très récemment, un produit de biocontrôle. »

En résumé, on peut dire que les couverts intermédiaires ou permanents et les  limaces peuvent faire bon ménage.

Cette situation n’est pas irrémédiable. Le choix du couvert ainsi que le piégeage, le mode et la date de destruction et des méthodes adaptées de lutte permettent une protection efficace des cultures.

Se former et s’informer sur le risque limaces peut s’avérer rentable au bout du compte. Le Club Ciblage est là pour vous accompagner.